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Incendies dans le Var : prévenir, équiper et anticiper

  • Photo du rédacteur: Jean-Pierre Colin
    Jean-Pierre Colin
  • 2 août
  • 5 min de lecture

Dans le Var, le feu n’est jamais un risque abstrait. Il fait partie de notre réalité territoriale. Avec près des deux tiers de sa superficie couverts de forêts, notre département est l’un des plus boisés, mais aussi l’un des plus exposés aux incendies.

Nous gardons tous en mémoire le terrible incendie parti de Gonfaron en août 2021. Près de 7 000 hectares avaient été ravagés dans le massif des Maures et deux personnes avaient perdu la vie. Plus récemment encore, les incendies survenus dans plusieurs communes varoises ont rappelé avec brutalité que le danger demeure permanent.

Chaque fois, le même constat s’impose : lorsque le feu se déclare, tout se joue dans les premières minutes. La préparation des territoires, la rapidité de l’alerte, la disponibilité des secours et l’entretien des massifs peuvent faire la différence entre un départ de feu maîtrisé et une catastrophe.


À nos pompiers, nous devons plus que notre gratitude


Aux Arcs, au lendemain de l’incendie, pour soutenir le maire, les secours et les habitants touchés.
Aux Arcs, au lendemain de l’incendie, pour soutenir le maire, les secours et les habitants touchés.

Les sapeurs-pompiers professionnels et volontaires interviennent quotidiennement pour secourir, protéger et sauver. Pendant la saison estivale, ils sont en première ligne face aux incendies, parfois au péril de leur vie.


Leur engagement mérite notre reconnaissance. Mais la reconnaissance ne suffit pas.

Nous devons leur garantir des effectifs suffisants, des équipements adaptés, des centres de secours opérationnels et un soutien public à la hauteur des risques auxquels ils sont confrontés. Une caserne moderne mais privée d’effectifs disponibles, notamment la nuit, ne peut assurer pleinement sa mission. Or, lorsqu’un incendie se déclare, chaque minute perdue augmente le danger pour les habitants, les habitations et les massifs forestiers.


Cette question doit être traitée comme une priorité nationale de sécurité civile, et non comme une difficulté saisonnière à laquelle nous ne penserions qu’au retour de l’été.


Le volontariat, pilier fragile de notre sécurité civile


Notre modèle de secours repose très largement sur les sapeurs-pompiers volontaires. Dans le Var, ils constituent l’immense majorité des effectifs mobilisables.


Ce modèle est une force. Il permet de disposer d’un maillage territorial précieux et de femmes et d’hommes profondément attachés à leur commune. Mais il est aujourd’hui fragilisé par les difficultés de recrutement, la disponibilité plus limitée des volontaires et la complexité croissante de leur engagement.


Les contraintes professionnelles et familiales rendent les astreintes plus difficiles. Certains employeurs hésitent encore à libérer leurs salariés. Les vocations sont plus délicates à susciter et à fidéliser, alors même que les besoins augmentent.

Nous devons donc reconstruire un véritable parcours de l’engagement volontaire.


Cela suppose de mieux faire connaître cette mission auprès des jeunes, de faciliter les conventions avec les employeurs, de valoriser les compétences acquises et d’améliorer la reconnaissance accordée à celles et ceux qui donnent une partie de leur temps à la protection de la population.

La sécurité civile de demain dépendra largement de notre capacité à transmettre cette culture de l’engagement.


La prévention doit redevenir une responsabilité collective


Face aux incendies, l’intervention des pompiers ne peut constituer notre seule réponse. La première protection reste la prévention.


La très grande majorité des feux étant d’origine humaine, chacun doit mesurer les conséquences que peuvent avoir une imprudence, un mégot jeté, un travail provoquant des étincelles ou le non-respect des consignes d’accès aux massifs.


Les obligations légales de débroussaillement doivent également être prises au sérieux.

Dans les zones exposées, elles permettent de ralentir la progression des flammes, de protéger les habitations et de faciliter l’intervention des secours.

Mais les communes ne peuvent pas tout assumer seules. L’entretien des pistes de défense des forêts contre l’incendie, la surveillance des massifs, la création de réserves d’eau, l’amélioration des accès et le renouvellement des véhicules représentent des investissements importants.


L’État, la Région, le Département et les intercommunalités doivent agir aux côtés des maires dans une stratégie coordonnée. La prévention ne peut pas dépendre des seules capacités financières de chaque commune, alors que le risque dépasse largement ses frontières administratives.


Les CCFF, une force de proximité indispensable


Les comités communaux feux de forêt et les réserves communales de sécurité civile occupent une place essentielle dans cette stratégie.

Composés de bénévoles connaissant parfaitement leur territoire, ils assurent des patrouilles de surveillance, signalent rapidement les départs de feu, transmettent aux secours des informations utiles sur le terrain et sensibilisent les personnes rencontrées dans les massifs.


Leur rôle doit être clairement compris : ils ne remplacent pas les sapeurs-pompiers et n’ont pas vocation à intervenir à leur place. Ils constituent cependant un relais local extrêmement précieux pour prévenir, détecter et informer.


L’expérience menée à Signes en apporte une illustration concrète. Dès le début de son mandat, Hélène Verduyn, alors maire de cette commune particulièrement boisée, a souhaité créer un CCFF. Avec le soutien de la Région, la commune a acquis deux véhicules 4×4 équipés notamment de citernes de 600 litres.


Des bénévoles se sont engagés pour surveiller les massifs lors des journées les plus dangereuses. Plusieurs départs de feu ont ainsi pu être détectés suffisamment tôt pour éviter qu’ils ne prennent une ampleur beaucoup plus importante.

Cet exemple démontre que la prévention n’est pas une notion théorique. Lorsqu’elle est organisée, équipée et portée par des citoyens engagés, elle produit des résultats très concrets.


Donner aux collectivités les moyens d’agir


La Région Sud a engagé depuis plusieurs années une politique volontariste de prévention et de lutte contre les incendies. À travers la stratégie « Guerre du Feu », des moyens sont mobilisés pour accompagner les communes, soutenir les réserves communales de sécurité civile, renforcer les équipements et améliorer la protection de nos forêts.


Cette mobilisation doit se poursuivre et s’amplifier. Le changement climatique allonge la saison des feux, intensifie les périodes de sécheresse et expose progressivement de nouveaux territoires. Nous devons adapter dès maintenant nos équipements et notre organisation à cette nouvelle réalité.


Trois priorités doivent guider l’action publique :

  • renforcer la prévention et faire respecter les obligations de débroussaillement ;

  • garantir des effectifs et des équipements suffisants dans les centres de secours ;

  • soutenir durablement le volontariat et encourager l’engagement des jeunes comme celui des employeurs.


Ces trois priorités sont indissociables. Investir uniquement dans les équipements sans disposer des femmes et des hommes nécessaires pour les utiliser serait insuffisant. Recruter davantage sans entretenir les massifs ni améliorer la prévention le serait tout autant.


Faire de la sécurité civile une priorité nationale


La protection contre les incendies ne peut pas reposer seulement sur la mobilisation exceptionnelle des collectivités et des services de secours à chaque nouvelle crise.

Nous devons sortir d’une logique de réaction pour entrer dans une logique d’anticipation.


Au Sénat, je défendrai un budget national de la sécurité civile réellement proportionné aux risques supportés par nos territoires. Je porterai également une meilleure reconnaissance du volontariat, un accompagnement renforcé des employeurs et des moyens supplémentaires pour les communes forestières.


L’État doit tenir pleinement sa place aux côtés des collectivités. Les maires ne doivent pas être laissés seuls face à des obligations toujours plus nombreuses et à des risques toujours plus importants.


Nous devons à nos pompiers bien plus que notre gratitude : nous leur devons des moyens.


Préparer la sécurité civile de demain, c’est maintenir des effectifs dans nos casernes, susciter de nouvelles vocations, développer une prévention exigeante et garantir des financements durables.


C’est à cette condition que nous protégerons efficacement les habitants du Var, nos communes, nos forêts et toutes celles et ceux qui les défendent.

 
 
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