L’économie varoise : attirer, diversifier et ancrer pour construire une prospérité durable
- Jean-Pierre Colin

- 17 juil.
- 6 min de lecture
Dans le Var, le développement économique n’est pas une abstraction. Il se mesure très concrètement à l’emploi de nos jeunes, à la vitalité de nos centres-villes, au carnet de commandes de nos artisans, à la capacité de nos entreprises à recruter et à celle de nos communes à maintenir des services publics de qualité.
Notre département dispose d’atouts considérables. Pourtant, ces atouts ne suffisent pas à garantir une prospérité durable. Le véritable enjeu consiste désormais à transformer l’attractivité du Var en emplois stables, en activité économique répartie sur l’ensemble du territoire et en perspectives durables pour les Varois.
Un département doté d’atouts économiques exceptionnels
Le Var bénéficie d’abord d’un positionnement stratégique unique.
Avec près de 24 000 emplois civils et militaires, la base navale de Toulon constitue le premier employeur du département. Premier port militaire d’Europe, elle représente à la fois un pilier de notre souveraineté nationale et un moteur économique majeur pour l’aire toulonnaise et l’ensemble du Var.
Autour de la défense se développe tout un écosystème d’entreprises, de sous-traitants, de services, d’activités industrielles et d’innovations technologiques. Cette filière constitue l’un des principaux leviers de diversification économique du territoire.
Le tourisme représente un autre pilier essentiel. Avec plus de 8 millions de visiteurs par an et plus de 60 millions de nuitées, le Var figure parmi les premières destinations touristiques françaises. Cette activité génère environ 5 milliards d’euros de retombées annuelles et près de 30 000 emplois directs.
À ces deux grands secteurs s’ajoutent des filières qui font l’identité et la force de notre département : l’agriculture, la viticulture, le nautisme, les services, l’artisanat, le commerce de proximité et les entreprises innovantes.
Le Var est notamment le premier département producteur de vin rosé AOP. Derrière cette réussite se trouvent des exploitations agricoles, des domaines viticoles, des coopératives, des emplois, des savoir-faire et une image d’excellence reconnue bien au-delà de nos frontières.

Le paradoxe varois : un territoire attractif, mais une économie encore fragile
Le Var attire. Il attire des habitants, des touristes, des investisseurs et de nouvelles activités. Pourtant, son économie demeure exposée à plusieurs fragilités structurelles.
Le tissu économique varois est composé à 96 % d’entreprises de moins de dix salariés. Cette caractéristique constitue une force, car elle traduit la densité de notre économie de proximité. Mais elle représente également une vulnérabilité.
Les très petites entreprises sont souvent les premières touchées par la hausse des coûts, les difficultés d’accès au crédit, les variations de l’activité, les problèmes de recrutement ou les retards de paiement. Elles disposent de moins de marges de manœuvre que les grands groupes pour absorber les crises.
Notre économie reste également trop dépendante de la saison estivale. Le tourisme constitue une richesse essentielle, mais une économie qui concentre une part importante de son activité sur quelques mois de l’année est nécessairement plus fragile.
Le défi consiste donc à mieux répartir l’activité sur l’ensemble de l’année, à développer le tourisme hors saison et à soutenir des secteurs capables de créer des emplois durables.
Nous devons également réduire les écarts entre le littoral et l’intérieur du département. Le développement économique ne peut pas se limiter aux zones les plus attractives ou les mieux desservies. Il doit bénéficier aux communes rurales, aux centres anciens, aux territoires industriels, aux zones d’activités et aux bassins de vie aujourd’hui confrontés à des difficultés de mobilité ou d’accès aux services.
Le logement des salariés est devenu un enjeu économique majeur
La difficulté à loger les salariés est désormais l’un des principaux freins au développement économique du Var.
De nombreux chefs d’entreprise rencontrent des difficultés à recruter, non parce que les postes n’existent pas, mais parce que les salariés ne parviennent pas à se loger à proximité de leur lieu de travail.
Le coût de l’immobilier et des loyers, la pression touristique, la multiplication des locations saisonnières et le manque de logements accessibles produisent des conséquences très concrètes.
Des entreprises renoncent à certains recrutements. Des salariés s’éloignent de leur emploi. Les temps de trajet augmentent. Certains jeunes quittent le territoire alors même que des entreprises locales cherchent à embaucher.
Le logement n’est donc plus seulement une question sociale ou d’aménagement. Il est devenu une question économique.
Nous devons produire davantage de logements destinés aux actifs, faciliter la mobilisation du foncier, accompagner les communes qui souhaitent construire et mieux articuler les politiques de logement avec les besoins des bassins d’emploi.
Refuser de regarder cette réalité en face reviendrait à accepter que l’attractivité du Var finisse par pénaliser ceux qui y travaillent.
Attirer de nouvelles activités sans perdre notre identité
Le Var doit continuer à attirer des entreprises, mais il ne doit pas chercher à attirer n’importe quelle activité, à n’importe quelles conditions.
L’objectif ne peut pas être une simple course aux implantations. Une stratégie économique sérieuse doit privilégier les projets qui créent de l’emploi local, développent des compétences, consolident les filières existantes et s’intègrent durablement dans le territoire.
Nous devons renforcer les secteurs dans lesquels le Var dispose déjà d’une longueur d’avance : l’économie de la défense, la sécurité, les technologies maritimes, le nautisme, l’agriculture, la viticulture, le tourisme durable, les énergies nouvelles et les services liés au vieillissement de la population.
Il faut également soutenir l’innovation et la création d’entreprises, notamment en facilitant les liens entre la recherche, la formation et le monde économique.
Attirer suppose enfin de disposer de foncier économique disponible, de zones d’activités adaptées, d’infrastructures numériques performantes et de transports efficaces. Sans cela, les discours sur l’attractivité restent théoriques.
Diversifier pour protéger l’économie varoise
La diversification est une assurance contre les crises.
Un territoire trop dépendant d’un seul secteur devient vulnérable au moindre retournement économique. Le Var doit donc continuer à développer des activités complémentaires.
L’économie de la défense peut stimuler l’innovation industrielle et technologique. L’agriculture peut être renforcée par la transformation locale, les circuits courts et l’agrotourisme. Le tourisme peut mieux s’appuyer sur la culture, le patrimoine, le sport, la nature et les événements organisés tout au long de l’année.
Nos centres-villes doivent également retrouver une véritable fonction économique. Le commerce de proximité, l’artisanat et les services participent directement à la qualité de vie et à l’attractivité des communes. Leur disparition fragilise les centres anciens, réduit les ressources locales et accentue les déplacements.
Soutenir ces activités ne relève pas de la nostalgie. C’est une politique économique à part entière.
Ancrer l’emploi et les compétences dans le territoire
La prospérité n’a de sens que si elle bénéficie aux habitants du Var.
Il ne suffit pas que des entreprises s’installent. Encore faut-il que les Varois puissent accéder aux emplois qu’elles proposent.
Cela suppose une politique de formation professionnelle étroitement liée aux besoins réels des entreprises. Trop souvent, les employeurs recherchent des compétences qu’ils ne trouvent pas, tandis que des jeunes ou des demandeurs d’emploi peinent à identifier les secteurs qui recrutent.
La formation doit donc être construite avec les entreprises, les branches professionnelles, les chambres consulaires, les établissements d’enseignement et les collectivités.
Les jeunes doivent pouvoir connaître les métiers disponibles près de chez eux. Les salariés doivent pouvoir se reconvertir. Les entreprises doivent être accompagnées lorsqu’elles souhaitent transmettre leurs savoir-faire.
Ancrer l’emploi, c’est aussi permettre aux jeunes de travailler au pays, sans être contraints de quitter le Var pour trouver des perspectives professionnelles ou un logement accessible.
Mettre les finances publiques au service de l’économie réelle
À la Région Sud, dans le cadre de mes responsabilités en matière de finances, je veille à ce que chaque euro engagé soit utile aux entreprises et aux territoires.
L’argent public ne doit pas se disperser dans des dispositifs illisibles ou dans une accumulation d’annonces. Il doit répondre à des besoins identifiés : accompagner les TPE, soutenir les commerces, développer les filières d’excellence, investir dans les zones d’activités, financer la formation professionnelle et aider les entreprises à se développer à l’international.
La bonne gestion financière ne consiste pas seulement à maîtriser les dépenses. Elle consiste à choisir les investissements capables de produire durablement de l’emploi, de l’activité et des recettes pour les collectivités.
Une politique économique efficace doit être évaluée à partir de résultats concrets : combien d’emplois créés, combien d’entreprises accompagnées, combien de projets implantés, combien de jeunes formés et combien de communes bénéficiaires.
Défendre une politique économique construite avec les acteurs du territoire
L’économie ne se pilote pas depuis un bureau, sans dialogue avec ceux qui créent réellement l’activité.
Les chefs d’entreprise, artisans, commerçants, agriculteurs et travailleurs indépendants connaissent les difficultés auxquelles ils sont confrontés : complexité administrative, coût de l’énergie, manque de foncier, difficultés de recrutement, accès au financement, logement des salariés et transmission des entreprises.
Le rôle des responsables publics n’est pas de leur faire la leçon. Il est de comprendre leurs contraintes, de simplifier leur quotidien et de créer les conditions de leur réussite.
Cela exige une véritable connaissance de la vie économique, mais aussi une présence régulière sur le terrain. Les décisions doivent partir des besoins réels des entreprises et des communes, et non de raisonnements purement théoriques.
Transformer l’attractivité en prospérité partagée
L’attractivité du Var est une chance. Mais notre responsabilité est d’en faire une prospérité durable.
Notre rôle n’est pas seulement d’accompagner les réussites lorsqu’elles arrivent. Il est de préparer dès maintenant les conditions qui permettront aux entreprises de grandir, aux jeunes de se former et de travailler dans le département, et aux communes de bénéficier d’un développement équilibré.
Cela suppose une stratégie claire : attirer les activités créatrices d’emplois, diversifier notre économie et ancrer durablement les entreprises et les compétences dans le territoire.
Le Var dispose des ressources, des talents et des filières nécessaires pour réussir. Il lui faut désormais une politique économique constante, lisible et construite sur le long terme.
Bâtir plutôt qu’attendre : c’est ainsi que nous garantirons l’emploi, l’activité et l’avenir économique de chaque commune du Var.



