top of page
Rechercher

Le Var, terre de mémoire : faire vivre l’héritage du Débarquement de Provence

  • Photo du rédacteur: Jean-Pierre Colin
    Jean-Pierre Colin
  • il y a 3 jours
  • 8 min de lecture

Des plages du 15 août 1944 aux sites mémoriels de Toulon et de Draguignan, notre département possède tous les atouts pour devenir une grande destination nationale du tourisme mémoriel. À condition de relier ses sites, de mieux transmettre leur histoire et d’inscrire cette ambition dans une politique durable.



Dans le Var, l’histoire du Débarquement et de la Libération n’appartient pas seulement aux livres. Elle demeure inscrite dans nos plages, nos paysages, nos communes, nos monuments et nos nécropoles. Elle vit aussi dans les souvenirs transmis par les familles et dans les cérémonies qui rassemblent chaque année les générations.


Cet héritage exceptionnel nous impose une double responsabilité : honorer avec fidélité celles et ceux qui ont combattu pour notre liberté, mais aussi permettre au plus grand nombre de comprendre ce qui s’est joué ici.


Le tourisme mémoriel peut nous aider à répondre à cette exigence. Il ne s’agit pas de commercialiser le souvenir ni de transformer nos lieux de recueillement en produits touristiques ordinaires. Il s’agit de rendre cette histoire accessible, de la transmettre aux jeunes générations et de mieux faire connaître les sites varois auprès des visiteurs français et étrangers.

Le Var possède déjà les lieux, les récits et les acteurs. Il lui manque encore une stratégie commune capable de les relier et de faire du Débarquement de Provence une destination de mémoire identifiable tout au long de l’année.


15 août 1944 : la liberté vient du Sud


Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, alors qu’une grande partie de la France demeure occupée, les côtes varoises deviennent la porte d’entrée de la Libération par le Sud.

Au Canadel, les commandos d’Afrique escaladent les falaises et neutralisent les positions allemandes du cap Nègre. Sur les plages de Cavalaire, de Pampelonne, de La Nartelle et du Dramont, les divisions américaines ouvrent la voie. Autour du Muy et de La Motte, les parachutistes s’emparent des carrefours stratégiques indispensables à la progression des forces alliées.

Partout, les résistants renseignent, guident et combattent. Leur connaissance du terrain permet d’accélérer l’avancée des troupes et de désorganiser l’occupant.


Dès le 16 août, l’armée B du général de Lattre de Tassigny prend pied en Provence. Français libres, tirailleurs, spahis, goumiers, soldats venus de l’Empire colonial, forces alliées et résistants participent ensemble à la reconquête du territoire.

Près de 90 000 soldats sont engagés dans l’assaut initial et environ 2 000 bâtiments sont rassemblés en Méditerranée pour l’opération Dragoon. En moins de deux semaines, Toulon et Marseille sont libérées, bien avant les délais initialement envisagés.

Le succès du Débarquement de Provence ne constitue pas seulement une victoire militaire. Il permet de disposer rapidement des ports de Toulon et de Marseille, essentiels à l’approvisionnement des armées alliées. Il contribue surtout à rendre à la France sa liberté, sa souveraineté et sa place parmi les nations victorieuses.


Cette histoire est nationale. Mais son théâtre principal est varois.


Une richesse mémorielle exceptionnelle


Peu de départements peuvent présenter une telle concentration de lieux associés à un même événement historique.

Des plages du Débarquement aux communes libérées, du Mémorial du Mont-Faron aux nécropoles de Boulouris et du Rayol-Canadel, du cimetière américain du Rhône à Draguignan au musée national de la Marine à Toulon, notre territoire possède une véritable chaîne mémorielle.

Le Var accueille également deux des dix hauts lieux de la mémoire nationale placés sous la responsabilité du ministère des Armées : le Mémorial du Débarquement et de la Libération en Provence, au Mont-Faron, et le Mémorial des guerres en Indochine, à Fréjus.


À Draguignan, le cimetière américain du Rhône abrite les sépultures de 858 soldats américains. Les noms de 294 disparus sont gravés sur le mur des absents. Ce lieu de recueillement, remarquablement entretenu, constitue un point d’ancrage majeur pour les visiteurs américains et pour les relations mémorielles franco-américaines.


À Toulon, le musée national de la Marine a accueilli 84 713 visiteurs en 2025, établissant un nouveau record de fréquentation. Ce résultat démontre qu’un patrimoine militaire et naval bien présenté peut rencontrer un public nombreux, familial et intergénérationnel.


À l’échelle nationale, les lieux de mémoire des conflits contemporains ont enregistré 13 millions de visites en 2023, soit une progression de 13,5 % en un an. Le tourisme mémoriel répond donc à une attente réelle : comprendre l’histoire à travers les lieux où elle s’est déroulée.


Des sites nombreux, mais une expérience encore morcelée


À l’occasion du 80e anniversaire du Débarquement, la Route du Débarquement de Provence a permis de rendre plus visibles les plages, les monuments, les musées et les itinéraires historiques. L’application numérique développée pour cet anniversaire constitue également une base intéressante pour proposer une expérience plus immersive.


Mais nous devons maintenant franchir une nouvelle étape.


Pour le visiteur, l’offre demeure encore trop dispersée. Les informations sont réparties entre plusieurs sites Internet. Les itinéraires ne sont pas toujours clairement identifiés. La signalétique varie d’une commune à l’autre. Les possibilités de visites en anglais restent inégales. Les liaisons entre le littoral, Toulon et l’intérieur du département sont insuffisamment organisées.

Surtout, il n’existe pas de mesure consolidée de la fréquentation du tourisme mémoriel dans le Var. Nous connaissons les entrées de certains musées et les caractéristiques de plusieurs sites, mais aucun indicateur départemental ne permet d’évaluer précisément le nombre de visiteurs, leur origine, la durée de leur séjour ou les retombées économiques générées.

Cette absence de données constitue un véritable angle mort. On ne peut pas construire et évaluer une politique publique durable à partir d’impressions ou en additionnant des chiffres correspondant à des périmètres différents.


Le Var possède les sites. Il doit désormais bâtir une destination.


Faire du tourisme mémoriel un tourisme de sens


Le tourisme mémoriel n’est pas un tourisme comme les autres. Il exige de la dignité, de l’exactitude historique et une attention permanente portée aux familles, aux anciens combattants et aux lieux de sépulture.

Mais cette exigence n’interdit pas de mieux accueillir les visiteurs. Au contraire.

Des parcours plus lisibles, des médiateurs formés, des contenus multilingues et des offres adaptées aux scolaires, aux groupes ou aux visiteurs individuels permettraient de toucher un public plus large sans dénaturer les sites.

Cette stratégie pourrait également contribuer à prolonger l’activité touristique au-delà de la seule saison estivale. Les musées, les mémoriaux et les parcours historiques peuvent être visités toute l’année. Ils peuvent ainsi bénéficier aux guides, aux hébergeurs, aux restaurateurs, aux transporteurs et aux commerces locaux, notamment dans l’intérieur du département.

Notre ligne doit donc être claire : faire vivre la mémoire sans la banaliser, accueillir davantage sans sacrifier le recueillement et développer nos territoires sans transformer l’histoire en marchandise.


Toulon et Draguignan, deux portes d’entrée complémentaires


Toulon et Draguignan ont vocation à devenir les deux principales portes d’entrée de cette destination mémorielle.


À Toulon, le Mémorial du Mont-Faron, le musée national de la Marine, la rade et le patrimoine militaire accessible peuvent composer un parcours cohérent autour de la Libération, de l’histoire navale et de la défense contemporaine.

Il ne s’agit évidemment pas d’ouvrir sans discernement les espaces militaires sensibles. Les impératifs opérationnels et de sécurité doivent rester absolus. En revanche, des visites encadrées, des conférences, des expositions et des événements organisés avec les autorités militaires peuvent renforcer la connaissance de la Marine nationale et le lien entre les armées et la Nation.


À Draguignan, le cimetière américain du Rhône, le musée de l’Artillerie, les Écoles militaires et les sites du Muy, de La Motte et des Arcs forment un ensemble remarquable. Cet itinéraire pourrait devenir la grande porte mémorielle de l’intérieur du Var, avec une programmation franco-américaine, des visites en anglais et des circuits clairement proposés par les offices de tourisme.


Toulon raconte la reconquête d’un grand port militaire et l’histoire navale de la France. Draguignan relie les combats de la Libération à la présence actuelle de l’armée de Terre. Leur complémentarité doit devenir une force.


Sept engagements pour une mémoire vivante


1. Créer la destination « Var 1944 »


Je propose de pérenniser et d’amplifier la Route du Débarquement autour d’une identité commune, d’une signalétique cohérente et d’un portail numérique multilingue.

Des parcours d’une journée, d’un week-end ou de trois jours pourraient relier les plages, les communes libérées, Toulon, Draguignan, les nécropoles, les musées et les mémoriaux. Ils seraient adaptés aux familles, aux scolaires, aux groupes, aux croisiéristes et aux visiteurs étrangers.


2. Faire de Draguignan la porte mémorielle de l’intérieur du Var


Un itinéraire clairement identifié doit associer le cimetière américain du Rhône, le musée de l’Artillerie, les Écoles militaires et les principaux sites historiques du secteur.

Une saison franco-américaine pourrait rassembler visites, conférences, expositions et rencontres pédagogiques, en lien avec les communes, les associations mémorielles et les autorités américaines.


3. Relier à Toulon mémoire navale et défense d’aujourd’hui


Le Mont-Faron, le musée national de la Marine, la rade et le patrimoine militaire accessible doivent être intégrés dans un même parcours.

Je propose également de fédérer chaque année, sous le contrôle des autorités militaires, une Semaine de la mémoire, de la défense et de l’innovation. Elle ne devrait pas devenir un événement coûteux supplémentaire, mais coordonner les initiatives existantes pour présenter l’histoire navale, les métiers des armées, les entreprises de défense et les innovations développées dans le Var.


4. Garantir un parcours mémoriel à chaque jeune Varois


Avant ses 18 ans, chaque jeune du département devrait avoir visité au moins un lieu lié au Débarquement et à la Libération de la Provence.

La Région, le Département et les communes pourraient financer ensemble le transport, la médiation et des outils pédagogiques communs, du primaire au lycée. La transmission de la mémoire ne peut pas dépendre uniquement de la proximité géographique d’un établissement avec un site historique.


5. Créer un observatoire public du tourisme de mémoire


Je souhaite que soient publiés chaque année, par département et par site, les chiffres de fréquentation, l’origine des visiteurs, la part des publics scolaires, la saisonnalité et les retombées économiques.

Cet observatoire permettrait de mesurer les résultats, de comparer les initiatives et d’orienter les financements publics vers les projets réellement utiles.


6. Passer des anniversaires aux contrats pluriannuels


Les grandes commémorations sont nécessaires. Mais elles ne doivent pas produire uniquement une succession de dépenses ponctuelles.

Je propose des contrats de cinq ans entre l’État et les collectivités pour restaurer les sites, améliorer leur accessibilité, numériser les archives, renouveler la médiation et former les professionnels. Les anniversaires doivent accélérer des investissements durables.


7. Faire de l’axe Toulon–Draguignan un pacte territorial de défense


La mémoire de nos libérateurs doit trouver un prolongement concret dans le soutien aux femmes et aux hommes qui servent aujourd’hui la Nation.

Ce pacte territorial devrait faciliter l’accès des PME varoises aux dispositifs de financement, d’innovation et de sous-traitance de la défense, adapter les formations aux besoins de la Marine nationale et de l’armée de Terre et mieux accompagner les familles de militaires en matière de logement, de mobilité et d’emploi du conjoint.

Soutenir nos forces armées, ce n’est pas seulement voter des budgets nationaux. C’est aussi permettre aux territoires qui les accueillent de répondre concrètement à leurs besoins.


Une mémoire tournée vers l’avenir


Faire du Var une grande destination du tourisme mémoriel ne consiste pas à vivre dans le passé. Il s’agit, au contraire, de donner à notre histoire toute sa place dans l’avenir de notre territoire.


La mémoire peut transmettre les valeurs de courage, de liberté et de fraternité. Elle peut renforcer le lien entre les générations. Elle peut mieux faire connaître nos communes. Elle peut aussi rapprocher nos concitoyens des forces armées et des hommes et des femmes qui les servent.


Nous devons désormais passer d’une juxtaposition de sites à une politique commune, d’une succession de commémorations à une stratégie durable, et d’une mémoire parfois dispersée à un récit partagé.


La mémoire n’est vivante que si elle se transmet.


Honorer nos libérateurs, c’est raconter leur courage avec exactitude. Soutenir nos forces armées, c’est donner un avenir aux territoires qui les accueillent.


Je veux que le Var devienne une grande destination nationale de mémoire, exemplaire du lien entre la Nation, ses armées et ses communes.


Sources principales : ministère des Armées et des Anciens combattants ; Mission Libération ; musée national de la Marine ; American Battle Monuments Commission ; Destination Var. Les données de fréquentation citées correspondent à des périmètres distincts et ne constituent pas une estimation globale du tourisme mémoriel dans le Var.

 
 
bottom of page