Se déplacer dans le Var : fluidifier, connecter, désenclaver
- Jean-Pierre Colin

- 3 juil.
- 6 min de lecture
Dans le Var, la mobilité n’est pas une question technique parmi d’autres. C’est un sujet profondément politique, parce qu’il touche à l’égalité entre les territoires, à l’accès aux services publics, à l’emploi, à la santé, à la formation et à la qualité de vie quotidienne.
Un territoire mal connecté est un territoire qui perd en attractivité, qui fragilise ses communes, qui isole ses habitants et qui complique l’action des élus locaux. À l’inverse, un territoire bien relié permet aux bassins de vie de respirer, aux entreprises de se développer, aux jeunes de se former, aux actifs de travailler, aux personnes âgées d’accéder aux soins et aux communes de rester pleinement vivantes.
Pour le Var, l’enjeu est clair : il faut fluidifier le littoral, connecter les grands pôles de vie et désenclaver l’intérieur du département.

Un département confronté à une double réalité
Le Var vit aujourd’hui une tension territoriale très forte.
Sur le littoral, la saturation est devenue une réalité quotidienne. Les grands axes routiers supportent une pression considérable, notamment autour de l’agglomération toulonnaise. L’A57, à l’entrée Est de Toulon, est l’un des axes les plus chargés de la région, avec plus de 110 000 véhicules par jour. Chaque période estivale accentue encore cette congestion, avec des conséquences directes pour les habitants, les entreprises, les salariés, les services publics et les communes.
Mais dans l’intérieur du Var, la difficulté est d’une autre nature : c’est l’enclavement. De nombreuses communes du haut Var, de la Dracénie ou de la Provence Verte restent fortement dépendantes de la voiture individuelle. Les alternatives crédibles sont encore insuffisantes, parfois inexistantes, notamment pour les déplacements du quotidien.
C’est ce déséquilibre qui doit nous alerter : un littoral qui étouffe, un arrière-pays qui s’éloigne.
Le risque, si nous n’agissons pas, est celui d’une véritable fracture territoriale. Une fracture entre les communes bien reliées et celles qui restent à distance des grands réseaux. Une fracture entre les habitants qui peuvent accéder facilement à l’emploi, aux soins, aux études ou aux services, et ceux pour qui chaque déplacement devient une contrainte.
Les mobilités sont un enjeu d’égalité territoriale
Pour un élu local, la mobilité n’est jamais un sujet abstrait. Elle se mesure très concrètement : temps de trajet, accès à une gare, fréquence d’un car, sécurité d’une route, possibilité de stationner, correspondance avec un train, accès à un établissement de santé, desserte d’une zone d’activité, autonomie des jeunes et des personnes âgées.
Quand une commune est mal desservie, ce sont ses habitants qui en paient le prix. Ce sont aussi ses commerçants, ses entreprises, ses associations, ses services publics et son attractivité résidentielle.
La mobilité conditionne l’aménagement du territoire. Elle dit où l’on peut habiter, travailler, entreprendre, étudier et vieillir dignement. Elle détermine aussi la capacité des communes à rester dynamiques, à attirer de nouveaux habitants, à maintenir des services et à porter des projets.
C’est pourquoi il faut sortir d’une approche fragmentée. Le Var ne peut pas être pensé uniquement par grands axes routiers, uniquement par lignes ferroviaires, ou uniquement par transports urbains. Il faut une vision d’ensemble, capable d’articuler les besoins du littoral, de l’arrière-pays, des pôles urbains, des communes rurales et des bassins de vie intermédiaires.
Agir sur tous les leviers à la fois
La réponse ne peut pas reposer sur une seule solution. Il faut agir simultanément sur plusieurs leviers.
Il faut d’abord développer le train du quotidien. Le ferroviaire doit redevenir une véritable colonne vertébrale des déplacements dans le Var. C’est tout le sens de la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur et du futur RER métropolitain toulonnais, avec la perspective d’une navette entre Saint-Cyr, Toulon et Carnoules à l’horizon 2030. Ce projet doit permettre une augmentation significative de l’offre de trains du quotidien, avec une capacité renforcée pour les déplacements domicile-travail, les étudiants et les habitants des bassins de vie concernés.
Il faut ensuite renforcer les transports collectifs. Le réseau régional Zou ! constitue un outil essentiel pour relier les communes, compléter l’offre ferroviaire, desservir les territoires moins denses et proposer une alternative crédible à la voiture individuelle. Mais cette offre doit être lisible, régulière, fiable et adaptée aux usages réels des habitants.
Il faut également poursuivre les grands chantiers routiers nécessaires. L’élargissement de l’A57, avec 7 kilomètres passés à 2x3 voies et une voie réservée aux bus, mis en service en 2025, va dans le bon sens. Ce type d’aménagement doit permettre de fluidifier les déplacements, de sécuriser les trajets et de mieux organiser les flux autour des grands pôles urbains.
Enfin, il faut développer les mobilités de proximité : covoiturage, pôles d’échanges, stationnement organisé, connexions entre cars et trains, cheminements cyclables lorsque cela a du sens, solutions adaptées aux communes rurales et périurbaines. Les mobilités de demain ne seront pas seulement métropolitaines. Elles devront être pensées à l’échelle des bassins de vie.
Le rôle déterminant de la Région et des collectivités
À la Région Sud, je me suis engagé pour que le Var prenne toute sa part dans les grands projets structurants. C’est un point essentiel : notre département ne doit pas être un territoire de passage ou d’ajustement, mais un territoire pleinement bénéficiaire des investissements régionaux et nationaux.
La Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur représente un investissement majeur, avec 3,6 milliards d’euros engagés dans ses phases 1 et 2. Elle doit permettre d’améliorer durablement les déplacements ferroviaires du quotidien, de renforcer la fiabilité du réseau et de préparer une nouvelle organisation des mobilités autour de l’aire toulonnaise.
Mais ces grands projets ne suffiront pas s’ils ne sont pas articulés avec les besoins concrets des communes. Les élus locaux savent mieux que quiconque où se situent les difficultés : une route saturée, une gare mal connectée, une ligne de car insuffisante, un parking saturé, une commune isolée, une zone d’activité mal desservie, une liaison absente entre deux bassins de vie.
C’est pourquoi la méthode doit être institutionnelle, territoriale et partenariale. L’État, la Région, le Département, les intercommunalités, les communes, les opérateurs de transport et les acteurs économiques doivent travailler dans le même sens. Sans coordination, les investissements perdent en efficacité. Avec une stratégie partagée, ils deviennent un levier puissant de développement territorial.

Ne pas oublier les territoires aujourd’hui à l’écart
Certains exemples doivent nous interpeller. Draguignan, ancienne préfecture, ne dispose plus de desserte ferroviaire voyageurs depuis 1980. Cette situation illustre une réalité plus large : plusieurs territoires varois restent insuffisamment connectés aux grands réseaux de mobilité.
La Dracénie, la Provence Verte, le haut Var et de nombreuses communes de l’intérieur expriment des attentes fortes. Elles ne demandent pas des promesses abstraites. Elles demandent des solutions concrètes, progressives, adaptées : des fréquences renforcées, des correspondances fiables, des dessertes mieux pensées, des points d’échanges efficaces, des investissements routiers ciblés et une meilleure prise en compte de leurs besoins dans les décisions régionales et nationales.
Désenclaver ces territoires n’est pas un luxe. C’est une condition de justice territoriale.
Si nous ne le faisons pas, nous accepterons qu’une partie du Var reste durablement à distance des opportunités économiques, éducatives, sanitaires et sociales. Ce n’est pas acceptable.
Pour une parole forte des élus varois
Les maires et les élus locaux ont un rôle essentiel à jouer dans ce débat. Ils sont les premiers à entendre les difficultés des habitants. Ils voient les conséquences très concrètes d’une mobilité insuffisante : isolement, perte de temps, renoncement aux soins, difficultés de recrutement, fragilisation des commerces, décrochage de certains quartiers ou villages.
C’est pourquoi le Var doit parler d’une voix forte sur ces sujets. Il doit défendre ses priorités, obtenir sa juste part des investissements et veiller à ce que les grands projets bénéficient réellement aux communes et aux habitants.
Le Sénat, chambre des territoires, a évidemment un rôle à jouer. Il doit être le lieu où l’on défend les infrastructures du quotidien, les financements nécessaires, la cohérence entre les politiques nationales et les réalités locales, ainsi que la capacité des communes à peser dans les choix d’aménagement.
La mobilité ne peut pas être décidée uniquement depuis les grandes métropoles ou les bureaux ministériels. Elle doit partir des usages, des bassins de vie et des besoins des élus de terrain.
Connecter plutôt qu’isoler
Le Var a besoin d’une stratégie claire : fluidifier les zones saturées, connecter les pôles de vie, désenclaver les territoires trop éloignés des grands réseaux.
Cette stratégie doit reposer sur une conviction simple : les mobilités sont la clé de l’égalité entre nos territoires. Elles ne concernent pas seulement les transports. Elles concernent l’avenir de nos communes, l’équilibre entre le littoral et l’intérieur, l’attractivité économique, l’accès aux services publics et la qualité de vie des Varois.
Notre responsabilité n’est pas seulement de constater les bouchons ou l’isolement de certaines communes. Elle est de construire dès maintenant les infrastructures, les services et les coopérations qui permettront à chaque Varois, qu’il vive sur le littoral, dans la Dracénie, en Provence Verte ou dans le haut Var, d’accéder à l’emploi, aux soins, à la formation et aux services essentiels.
C’est l’engagement que je porte : connecter plutôt qu’isoler, pour garantir durablement à chaque bassin de vie du Var sa place dans notre développement.



