Sécuriser l'eau : une priorité pour le Var
- Jean-Pierre Colin

- 29 juin
- 5 min de lecture
L'eau, dans le Var, n'est plus seulement un enjeu environnemental : c'est un enjeu de cadre de vie, d'économie et d'agriculture. Si les pluies de cette année peuvent offrir un répit, la tendance de fond est claire : nous entrons dans une période où l'accès à la ressource doit être anticipé avec lucidité et détermination.
Le territoire repose sur un équilibre fragile entre les eaux de surface et les eaux souterraines, avec une dépendance marquée de plusieurs zones aux ressources les plus vulnérables. À cela s'ajoute une tension croissante entre une ressource qui va diminuer et une demande qui, elle, continue d'augmenter : c'est le risque de l'« effet ciseaux », avec des conséquences qui pourraient devenir irréversibles si rien n'est fait à temps.
Quelques chiffres permettent de mesurer l'ampleur du défi : le Var consomme environ 260 millions de m3 d'eau par an tous usages confondus, dont 120 millions de m3 pour l'alimentation en eau potable des communes. Dans le même temps, les projections annoncent d'ici 25 ans une baisse de 30 à 35% des débits estivaux des cours d'eau, une baisse de 10 à 30% de la recharge annuelle des nappes, et une hausse de 5 à 18% de la demande en eau.

Derrière ces chiffres, ce sont les communes qui sont en première ligne. Ce sont elles qui doivent garantir l'alimentation en eau potable, sécuriser leurs réseaux, accompagner les habitants pendant les périodes de restriction et préserver leur attractivité et leur développement économique.
Dans ce contexte, il devient indispensable de progresser sur trois leviers : réduire les pertes sur les réseaux, mieux maîtriser les consommations et sécuriser de nouvelles ressources afin de limiter la dépendance aux situations de crise. C'est dans cette logique que j'ai défendu le déploiement du Plan Or Bleu, porté par la Région Sud avec la Société du Canal de Provence et en lien avec la démarche Var Eau 2050, avec 750 millions d'euros mobilisés jusqu'en 2038 pour sécuriser l'eau des habitants, des agriculteurs, des entreprises et des territoires les plus vulnérables. Ces investissements permettent d'accompagner les collectivités dans leurs projets de sécurisation de la ressource, de modernisation des réseaux et de renforcement des infrastructures hydrauliques.
Une ressource sous tension
Le Var fait partie de ces territoires méditerranéens où l'eau ne peut plus être pensée comme une évidence. La pression estivale accentue fortement les besoins, alors même que les ressources naturelles sont structurellement fragiles. Une part importante de l'approvisionnement repose déjà sur des ressources sensibles, tandis que les apports extérieurs restent indispensables pour équilibrer le système.
Cette réalité impose une lecture plus fine des usages. L'eau potable, l'agriculture, l'industrie et les besoins liés à la vie quotidienne entrent désormais dans une logique de concurrence plus forte. Il ne s'agit pas d'opposer les usages, mais de construire une stratégie capable de garantir à chacun un accès durable à la ressource.
Le défi est d'autant plus important que le changement climatique ne se traduit pas seulement par des épisodes de sécheresse plus fréquents. Il modifie également la disponibilité des ressources en profondeur, en fragilisant les cours d'eau, en réduisant la recharge des nappes et en accentuant les écarts entre les saisons.
Agir avant la rupture
L'erreur serait de croire que l'on pourra corriger plus tard ce qui n'a pas été anticipé aujourd'hui. En matière d'eau, les retards se payaient cher. Chaque année perdue rend les adaptations plus difficiles, plus coûteuses et parfois impossibles à rattraper.
C'est pourquoi la priorité doit aller à l'anticipation. Cela suppose d'investir dans des réseaux plus performants, mieux détecter les fuites, renforcer le pilotage des consommations et encourager une gestion plus sobre de la ressource. Cela implique également de diversifier les solutions, en mobilisant davantage les interconnexions, les capacités de stockage, la réutilisation là où elle est pertinente et les outils de sécurisation territoriale.
Il faut également soutenir les communes et les exploitants qui sont en première ligne. Ce sont eux qui, concrètement, doivent faire face aux restrictions, à la tension saisonnière et à la nécessité d'adapter leurs pratiques. L'action publique doit leur donner des moyens, de la visibilité et de la cohérence.
Le rôle de la Région Sud
Les collectivités locales ne peuvent relever seules ce défi. Elles ont besoin d'un partenaire capable d'investir, de coordonner les projets et d'accompagner les territoires. C'est précisément le rôle que joue aujourd'hui la Région Sud à travers le Plan Or Bleu.
Pour transformer cette ambition en réalisations concrètes, la Région s'appuie sur la Société du Canal de Provence, son concessionnaire et principal outil opérationnel en matière d'aménagement hydraulique. Depuis près de 70 ans, la SCP sécurise l'alimentation en eau de notre territoire, développe les infrastructures hydrauliques et accompagne les collectivités dans leurs projets d'adaptation au changement climatique.
Dans le Var, cette dynamique se poursuit avec plusieurs opérations structurantes. Les extensions du réseau autour de Draguignan et du Pays de Fayence permettront de renforcer progressivement la sécurisation de l'alimentation en eau, de mieux répondre aux besoins des communes, de soutenir l'activité agricole et de conforter la défense contre les incendies. Ces investissements traduisent une logique simple : anticiper les besoins des territoires plutôt que subir les crises lorsqu'elles surviennent.
En tant que vice-président de la Région Sud en charge des finances, je suis convaincu qu'une bonne gestion consiste avant tout à anticiper. Gérer les finances de la Région depuis cinq ans, c'est prévoir aujourd'hui les investissements dont le Var aura besoin demain. C'est cette vision qui guide notre action : faire de la Région un partenaire des communes, capable d'accompagner les territoires, de coordonner les acteurs et de financer les solutions les plus utiles.
Défendre les territoires
Dans le Var, la question de l'eau est aussi une question d'équité territoriale. Toutes les communes, tous les bassins, tous les usages ne partent pas avec les mêmes atouts. Certains territoires sont plus exposés, plus dépendants ou plus fragiles que d'autres. Cette réalité doit être pleinement intégrée dans les décisions publiques.
C'est pourquoi je crois à une approche fondée sur la proximité, le dialogue et la connaissance des réalités locales. Les élus de terrain savent ce qui fonctionne, ce qui manque et ce qui doit être corrigé. Leur expérience doit être au cœur des choix à venir.
Protéger l'eau, c'est aussi protéger notre agriculture, notre économie, notre cadre de vie et la capacité du Var à rester un territoire attractif et vivant. C'est une exigence de long terme, qui appelle des décisions courageuses et une méthode claire.
Une responsabilité collective
La gestion de l'eau ne peut pas reposer sur quelques acteurs isolés. Elle suppose une mobilisation collective, dans laquelle chacun prend sa part de responsabilité : collectivités, opérateurs, agriculteurs, entreprises et citoyens.
Cette mobilisation existe déjà. Autour de la Société du Canal de Provence, la Région Sud fédère l'ensemble des acteurs concernés : les Départements, la Métropole Aix-Marseille-Provence, les Chambres d'agriculture, la Caisse des Dépôts, le Crédit Agricole et de nombreux partenaires publics et privés. C'est cette gouvernance partagée qui permet de construire des solutions durables et de porter des investissements à la hauteur des enjeux.
Le défi est immense, mais il n'est pas hors de portée si nous acceptons de regarder la réalité en face. Le Var dispose d'atouts, d'expertises et d'outils. Il faut désormais les mettre au service d'une stratégie cohérente, ambitieuse et durable.
Cette ambition se traduit déjà concrètement : le Var est aujourd'hui le premier bénéficiaire territorial des investissements prévus par la Société du Canal de Provence, avec des projets majeurs destinés à renforcer l'irrigation agricole, sécuriser durablement la ressource en eau et accompagner le développement des communes. C'est un choix stratégique, qui répond à la vulnérabilité de notre territoire et prépare son avenir face au changement climatique.
L'eau est sans doute le plus grand défi territorial des prochaines décennies. Notre responsabilité n'est pas seulement de gérer les crises lorsqu'elles surviennent, mais de préparer dès aujourd'hui les solutions qui permettront à nos communes de continuer à se développer, à produire, à accueillir et à transmettre aux générations futures un territoire durable. C'est l'engagement que je porte : anticiper plutôt que subir, afin de garantir durablement l'accès à l'eau pour les habitants, les communes et les générations futures. Jean-Pierre Colin



