Violences intrafamiliales : protéger avant qu’il ne soit trop tard
- Jean-Pierre Colin

- 8 juil.
- 3 min de lecture
Après le crime ignoble dont a été victime la petite Lyhanna, l’émotion ne suffit plus. Face aux violences intrafamiliales, nous devons bâtir une réponse complète : accueillir, protéger, accompagner et prévenir. C’est le sens de mon engagement ancien aux côtés des Maisons Françoise Giroud.
Ce crime nous bouleverse comme parents, comme citoyens, comme élus. Il nous oblige surtout à regarder une réalité en face : les violences intrafamiliales ne sont jamais de simples “affaires privées”. Elles sont un enjeu de sécurité, de justice, de santé publique et de protection de l’enfance.
Derrière chaque drame, il y a trop souvent des signaux qui n’ont pas été entendus, des plaintes qui n’ont pas été suffisamment suivies, des victimes qui n’ont pas trouvé immédiatement le bon interlocuteur, des enfants exposés à une violence qui détruit en silence. Lorsque l’État, la justice, les collectivités ou les services sociaux travaillent en ordre dispersé, le parcours des victimes devient un labyrinthe. Et dans ce labyrinthe, certaines vies basculent.
Je suis convaincu depuis longtemps que la réponse doit être simple dans son principe : une victime ne doit jamais avoir à frapper à dix portes différentes pour être protégée. Elle doit trouver, en un même lieu, l’écoute, la sécurité, l’accompagnement juridique, le soutien psychologique, l’aide sociale, l’orientation vers un hébergement et, lorsque c’est nécessaire, l’accompagnement vers le dépôt de plainte.

C’est cette conviction qui m’a conduit à m’engager très tôt pour la création et le développement des Maisons Françoise Giroud, pensées comme de véritables lieux d’accueil et de protection pour les femmes, les enfants et toutes les victimes de violences intrafamiliales. À La Seyne-sur-Mer, comme à Toulon ou Draguignan, cette maison a incarné une idée simple mais puissante : mettre fin au parcours du combattant des victimes.
Ce combat n’est pas théorique. Il est concret. Il suppose des locaux identifiés, des professionnels formés, des associations soutenues, des partenariats solides avec la police, la justice, les communes, les services sociaux, les soignants et les acteurs du logement. Il suppose aussi une volonté politique constante, car les violences intrafamiliales ne se règlent ni par des slogans, ni par l’émotion d’un jour.
L’émotion nationale suscitée par la mort de Lyhanna doit donc devenir un tournant. Nous devons mieux détecter les situations à risque, mieux partager les informations entre institutions, mieux accompagner les victimes dès le premier signalement, mieux protéger les enfants co-victimes, et mieux suivre les auteurs connus des services judiciaires. La priorité doit être claire : protéger d’abord, réparer ensuite, prévenir toujours.
Dans le Var, comme ailleurs, les élus locaux ont un rôle essentiel. Les maires sont souvent les premiers témoins des fragilités familiales, des alertes de voisinage, des situations de détresse. Les communes peuvent soutenir les associations, mettre à disposition des lieux d’accueil, former leurs agents, renforcer les partenariats avec les forces de l’ordre et faire connaître les dispositifs existants.
Mais les collectivités ne peuvent pas tout porter seules. L’État doit garantir les moyens de la justice, de la police, de la gendarmerie, de la protection de l’enfance et de l’hébergement d’urgence. Une politique sérieuse contre les violences intrafamiliales ne peut pas reposer uniquement sur le courage des associations et la bonne volonté des élus locaux.
Face à ces violences, il faut refuser deux écueils : la récupération politique et l’impuissance résignée. Nous devons parler avec gravité, agir avec méthode et construire des réponses durables. Chaque victime doit savoir qu’elle peut être entendue. Chaque enfant en danger doit savoir que les adultes sauront le protéger. Chaque signalement doit être traité avec le sérieux qu’il mérite.
Le drame de Lyhanna nous rappelle une vérité insupportable : lorsque la protection échoue, les conséquences peuvent être irréversibles. Notre devoir est donc d’agir avant le drame, pas seulement de nous indigner après.
C’est tout le sens de mon engagement depuis de longues années : faire des violences intrafamiliales une priorité permanente, soutenir les structures qui protègent, accompagner les victimes dans la durée, et donner aux élus locaux les moyens d’être des acteurs de première ligne dans ce combat essentiel.




